Rencontre interdisciplinaires Mutation 3

Vulnérable habité.

Penser ensemble les incertitudes écosystémiques, les vulnérabilités sociales, les précarités économiques et les instabilités politiques dans les pratiques architecturales.

Le projet Mutations

Le projet Mutations nait en 2016 de la volonté d'une équipe d'enseignants, de chercheurs et de praticiens de l'école nationale supérieure d'architecture de Nancy, de travailler ensemble sur le constat sans appel de l'imminence de transformations socio-économiques, culturelles et surtout environnementales graves et profondes, à l'échelle locale comme globale. Les membres de cette équipe sont convaincus que ces transformations ont un impact sur l'habiter dans toutes ses dimensions et nécessitent d'interroger les fondements des métiers et des pratiques liées à l'architecture, ainsi que de penser leurs effets dans les champs de l'enseignement et de la recherche. Menées dans les champs de la pratique architecturale, de la philosophie, de l'anthropologie et de la sociologie, les recherches de l'équipe « Mutations » partagent le constat sans appel des profondes mutations de l'espace socio-économique, culturel et environnemental en cours.

Elles se proposent donc de repérer et d'anticiper les grandes transformations et les « signaux faibles » qui traversent les sociétés, et de penser leurs effets pour la pratique et la pensée sur l'architecture.
Les résultats de ces travaux sont disponibles au lien suivant : http://www.architecture-mutations.fr/
 

Rencontres interdisciplinaires Mutations III,
le 7 et 8 avril 2025

Les troisièmes rencontres interdisciplinaires Mutations auront lieu à l'école d'architecture de Nancy les 7 et 8 avril 2025, sur le thème « Vulnérable habité : Penser ensemble les incertitudes écosystémiques, les vulnérabilités sociales, les précarités économiques et les instabilités politiques dans les pratiques architecturales ». Il s'agira d'interroger les nécessaires mutations des pratiques de l'architecture à l'aune de la multiplication des catastrophes et dans des situations écologiques, économiques, sociales et politiques fragilisées.

Les invitées et invités interrogeront les vulnérabilités des systèmes sociotechniques et écologiques dont nous héritons, et les manières dont les collectifs peuvent les transformer et se les réapproprier en vue d'instaurer des conditions de vie plus justes, non seulement pour les êtres humains, mais aussi plus largement pour les communautés du vivant. Il s'agira d'investiguer les rôles que peuvent tenir les architectes, et plus largement les praticiens de la conception et du design social, dans ces nouvelles conditions d'exercice de leurs responsabilités. Seront ainsi interrogés les enjeux, les outils et les modalités possibles de leur intervention dans la préparation des territoires et des communautés face aux risques qui les menacent, dans la gestion des crises auprès des habitants et habitantes humains et non-humains des territoires concernés, et sur le terrain dans des situations post-catastrophes.  

Invités
  • Corine Mermillod

    Convaincue que « l'architecture peut changer le monde », Corine Mermillod s'engage depuis ses débuts sur des voies pionnières et transformatrices, en contribuant à la régénération de l'architecture vernaculaire dans le sud du Maroc et en Afghanistan, et en oeuvrant au sein de plusieurs ONGs pour le développement des capacités des communautés locales, et pour l'évolution du rôle de l'architecte. Après avoir enseigné à diverses communautés professionnelles à travers le monde pendant plus de 15 ans, elle fonde ARCHIDOERS, atelier d'architecture à Annecy et en Suisse Romande spécialisé en accompagnement de projets à impact et créations à vocation régénérative pour leur territoire.

 
  • Béatrice Gisclard

    Béatrice Gisclard est designer et docteure en Géographie. Elle travaille sur les questions environnementales au sens large et sur la question des risques comme prisme de lecture de nos sociétés. Le coeur de ses recherches interroge l'engagement et la participation citoyenne dans les politiques de gestion des risques et les apports du design social à ces sujets. Ses travaux portent sur les risques naturels (inondation – canicule), l'alerte à la population et les réseaux sociaux numériques dans la gestion de crise. Elle développe actuellement des travaux en termes de design fiction dans le contexte des catastrophes majeures.

 
  • Alexandre Monnin

    Alexandre Monnin est philosophe, actuellement directeur du POPSU Transition de la métropole Nice Côte d'Azur (rattaché à l'école Centrale Méditerranée), et co-initiateur du courant de la redirection écologique. Il a oeuvré dans le domaine de la philosophie du Web et, à partir de 2015, alors chercheur chez Inria à Sophia Antipolis (2014-2017), il a questionné la viabilité du numérique et lancé diverses initiatives qui l'ont amené à travailler sur le rapport 2017 du Shift Project, Pour une sobriété numérique. Avec Diego Landivar et Emmanuel Bonnet, il a monté une formation à la redirection écologique dont il a été le directeur entre 2020 et 2024, le MSc "Strategy & Design for the Anthropocene".  Tous trois ont publié un livre en 2021, Héritage et Fermeture. Une écologie du démantèlement (Divergences). Alexandre Monnin a également publié Politiser le renoncement en 2023 (également chez Divergences).
     

Programme
  • Lundi 7 avril

    14h30-17h30 / Salle F : échanges entre les trois invitées et invités et les étudiantes et étudiants qui réalisent leur projet de fin d'étude dans l'atelier Mutations, ainsi que quelques étudiantes et étudiants de AVT.

    18h00-19h30 : conférence Openclass (ouverte au public) de Corine Mermillod (1 heure d'intervention, 30 minutes de questions), amphithéâtre A
    Vous avez dit régénérer ? Un projet d'urgence en Afghanistan : les leçons de l'architecture vernaculaire.
    A travers l'histoire d'un projet de reconstruction d'urgence en Afghanistan en 2002 avec ses enjeux et ses défis, je propose d'analyser dans ses dynamiques organisatrices la vulnérabilité et la résilience de l'architecture vernaculaire en tant que système vivant. Elle nous fournit des leçons à la fois universelles et profondément locales pour aborder l'architecture d'aujourd'hui. Et si nous l'observions comme un processus et non comme un modèle à répliquer ? Voir l'architecture vernaculaire non comme finalité mais comme instrument d'une vocation qui vise à régénérer les écosystèmes avec lesquels elle coopère, qu'ils soient humains ou non humains, et cela en tout temps et en tout lieu ? Le néo-vernaculaire questionne sur un engouement pour un modèle dont la force consiste justement dans sa non-répliquabilité. Et le rôle de l'architecte dans tout cela ? Rendre l'architecture aux gens et aux lieux… N'est-ce pas là le véritable enjeu ?
     
  • Mardi 8 avril

    09h00-12h00 : présentation des travaux de Béatrice Gisclard et Alexandre Monnin et échanges avec les trois invités et les étudiants et étudiantes.
    Ouvert sur inscription (emeline.curien@nancy.archi.fr) à l'ensemble de l'ENSA-Nancy.

    Béatrice Gisclard, Nîmes Université / Les évènements climatiques de l'ère anthropocénique ne sont plus les fictions destinées aux « générations futures » (Brundtland, 1987). Pour autant, l'intensité de ces manifestations (environnementales et sociales) ne nous laissent pas totalement impuissants et ouvrent des champs de réflexions et d'actions très larges adressés aux disciplines de conception. De l'incertitude à l'inconnu, de la vulnérabilité à l'inventivité, nous ouvrirons ici un dialogue sur les potentialités du design social à proposer des alternatives et des pas de côté, pour faire face collectivement aux risques (climatiques et technologiques) sur les territoires. En s'appuyant sur les habitant.es et sur leur expertise d'usage, le design social outille des médiations entre gestionnaires des risques et populations, en renforçant la participation citoyenne à ces enjeux.
    Alexandre Monnin / Risques, crises et catastrophes. La décennie 2015-2025 aura vu l'émergence de nombreuses réflexions sur l'écologie, particulièrement en France. La redirection écologique en est un exemple, malgré des partis pris assez éloignés d'autres tendances et courants (écologie du vivant, critique de la Modernité, retour à la nature, point de vue de la subsistance, etc.). La recomposition actuelle, à l'échelle mondiale, et les bouleversements en cours (montée des fascismes, alliance russo-étasunienne) nécessitent d'en prendre la pleine mesure. Les courants écologiques y sont-ils préparés ? Ont-ils quoi que ce soit à dire concernant ces enjeux ? Y compris la redirection écologique.  Quelle place faire à la question de vulnérabilité dans ce monde nouveau (et dans le champ de l'architecture) ?
    12h00-14h00 : déjeuner séminaire recherche : « Penser la recherche au temps des catastrophes », en présence des invitées et invités et des chercheures et chercheurs du LHAC intéressés, sur inscription (emeline.curien@nancy.archi.fr)
    14h00-16h00 / Hall Expo : « tribunal des controverses » : réflexion collective participative avec les trois invitées et invités et les étudiantes et étudiants : problématisation collective des échanges sous la forme de controverses préparées en amont, qui permettent d'assumer la complexité de ces sujets pour tenter de dépasser collectivement les oppositions ou les points de blocages. Mise en scène sous forme de « tribunal » : les deux camps de la controverses - constitués des invitées et invités et étudiantes et étudiants - constituent un plaidoyer pour tenter de convaincre les participants
    Ouvert sur inscription (emeline.curien@nancy.archi.fr) à l'ensemble de l'école d'architecture de Nancy.
Equipe pédagogique
  • Christelle Chalumeaux – architecte praticienne, maitresse de conférence et chercheuse
  • Geoffrey Clamour - architecte praticien (Les Marneurs), maître de conférences associé
  • Émeline Curien - architecte de formation, docteur en histoire de l'art, maîtresse de conférences et chercheuse
  • Cécile Fries-Paiola - architecte de formation, docteur en sociologie, maîtresse de conférences et chercheuse
  • Hervé Gaff - architecte de formation, docteur en philosophie, maître de conférences et chercheur
  • Arthur Poiret - architecte - urbaniste - menuisier (Tout terrain)
  • Claude Valentin - architecte praticien (HAHA), maître de conférences et chercheur