Enseigner la question du patrimoine ?
L’enseignement d’une culture du projet patrimoine comme modèle d’une culture de projet dans le cycle des études d’architecture repose non seulement sur l’obligation de répondre aux exigences de la loi, mais avant tout sur la volonté d’une recherche de qualité d’enseignement en prise avec la réalité des problématiques et des questionnements professionnels.
L’expérience d’un exercice réfléchi du métier nous conduit très vite à être confrontés à la question culturelle de la présence inévitable d’un héritage antérieur qui s’impose à nous dans toutes ses dimensions de corps construit, de territoire, de mémoire historique et de valeurs symboliques.
Un projet de reconversion, de restauration, d’extension ou d’intervention à l’intérieur ou à proximité d’un patrimoine antérieur démontre en soi la nécessité impérative d’un savoir-faire préalable qui permet de poser avec intelligence les fondements solides d’une interrogation qui donne sens au projet d’architecture à l’écoute de la réalité de ses enjeux culturels et sociétaux.
La réflexion et la résolution formelle de qualité du projet interdit alors toute improvisation hasardeuse ou toute réponse aveugle, en exigeant une relecture affinée des conditions d’exercice et une excellente préparation intellectuelle préalable qui permettent d’ouvrir avec acuité une sensibilité et une pertinence d’interrogations et de perspectives préalables aux réponses efficaces.
La semaine intensive de projet patrimoine en cycle licence en situation d’étude de cas concrets est une des premières expériences qui contribuent à édifier l’excellence des architectes dans l’exercice de l’une des plus hautes de leurs responsabilités.
Christian FRANCOIS
Patrimoine et culture architecturale
Dire que le patrimoine occupe une place prépondérante dans notre société tient du lieu commun. Considérer que le patrimoine bâti peut contribuer à l'édification contemporaine et au projet architectural soulève davantage de questions qui, pour être déjà anciennes, constituent aujourd'hui un champ de débats et de questionnements avec notamment pour axe la relation entre l'action architecturale ou urbanistique et l'inertie, le déjà là de l'existant.
Il n'y pas si longtemps encore, le patrimoine architectural était perçu comme relevant d'un passé muséal, comme un frein, voire un obstacle à l'intervention des architectes, et partant, demeurait relégué dans un ailleurs de l'architecture contemporaine qui prend en charge la transformation du cadre bâti que nos corps et nos imaginaires habitent. Nous savons, depuis Riegl au moins, que l'héritage du passé n'est pas le passé, et que ses attributs de valeurs se déclinent et se négocient dans le présent de chaque génération, que le curseur des choix qui s'opèrent ne cesse de se déplacer d'un temps à un autre. Choix culturels à l'évidence qui tissent notre relation avec le temps dans les significations que nous donnons au passé comme à l'avenir dans un dialogue qu'il nous appartient de poursuivre dans l'action de bâtir, de transformer et de créer. Choix qui sont informés par les savoirs sur les architectures savantes comme ceux sur les architectures "banales" et "ordinaires" que les travaux dans différentes disciplines ne cessent d'enrichir. Ce dialogue qui porte la culture architecturale accompagne l'architecte dans la Cité, dans une action collective avec les élus, les maitres d'ouvrage et les habitants et il nourrit tant une éthique du projet qu'un imaginaire du territoire à ses différentes échelles.
La semaine du patrimoine organisée par l'ENSAN depuis 2004 pour les étudiants en cycle de licence leur propose une telle expérience dialogique in situ, en rencontrant une collectivité territoriale, avec l'opportunité d'observer, de reconnaître et de comprendre des lieux de projets dans une rencontre avec le patrimoine architectural, urbain et paysager.
Hélène Vacher