Architecte urbaniste, atelier AFL Atelier Füzesséry Landauer, Paris
Docteur en histoire de l'architecture, professeur ENSA Paris-Est

Nous sommes aujourd'hui confrontés à un paradoxe majeur : il faudrait construire un monde nouveau mais nous n'avons plus les moyens de le faire. Le changement climatique impose à lui seul une conception entièrement renouvelée du bâti ; l'élévation du niveau de la mer et l'augmentation des catastrophes naturelles exigent de repenser la position et l'organisation des établissements humains ; les limites planétaires appellent une réorganisation profonde du territoire et du construit. Seulement voilà : le monde, accablé par deux siècles d'intense production, a besoin de répit ; il ne peut accepter la démolition des existants et l'édification de nouvelles installations, lesquelles alourdiraient son bilan carbone et épuiseraient davantage ses ressources. Nous devons donc utiliser les situations déjà construites et non plus les étendre ou les remplacer.
Mais comment convertir des sols et des bâtiments dégradés — ruines potentielles ou avérées — en substrats d'un monde durable ? La plupart des artefacts au sein desquels nous évoluons ont en effet été construits au cours du dernier siècle ; à ce titre, ils sont très largement responsables des dérèglements écologiques que nous subissons aujourd'hui. Les maintenir ne peut s'envisager sans reconsidérer la capacité de ces mêmes artefacts à compenser des perturbations dont ils sont eux-mêmes la cause. Il ne suffit donc pas de substituer la transformation à la construction ; il nous revient également d'aborder les questions techniques et théoriques que pose aujourd'hui la réparation d'un héritage chargé — en quantité comme en désordre — avec lequel nous sommes désormais contraints de nous arranger.


Architecte, docteur en histoire de l'architecture et habilité à diriger les recherches (HDR), Paul Landauer est professeur à l'ENSA Paris-Est où il dirige la filière de master « Transformation ». Il est également chercheur à l'OCS. Il a publié de nombreux articles et livres, parmi lesquels L'invention du grand ensemble (Picard, 2010), L'architecture, la ville et la sécurité (PUF, 2010), Émile Aillaud, portrait d'architecte (éditions du Patrimoine, 2011), Post-Démolition (Park Books / Building Books, 2025) et Stock. Architectures de survie et de transmission (éditions du Pavillon de l'Arsenal, 2026). Il est commissaire de l'exposition « Stock » qui se déroule actuellement à Paris (du 15 avril au 28 juin 2026). Il exerce également une activité d'architecte-urbaniste au sein de l'atelier Landauer