
"Depuis 70 ans, notre société n'a jamais autant construit de m2, ni consommé autant de matières. En France, le parc existant actuel est constitué de 37 millions de Logements et de 1 Milliards de m2 réservés aux activités (Universités, commerces, bureaux, équipements, etc…..). Des millions d'hectares de terres sont artificialisées et chaque jour nous dévorons toujours un peu plus notre territoire. Jamais, nous n'avons autant transformé, façonné, transportés, tous ces matériaux extraits de nos sols. En portant un regard différent, en considérant tout se patrimoine bâti comme une ressource essentielle, que nous pouvons réutiliser, réemployer, en imaginant d'autres futurs à toutes ces constructions, même les plus modestes, nous pensons que nous serons en mesure d'agir et même susceptibles de participer, parmi d'autres, à cet urgent et indispensable effort d'inflexion d'orientation de notre monde.
La capacité de récupération de toute forme d'architecture, ne pas la détruire, pouvoir la faire survivre grâce à une nouvelle utilisation nous semble être, aujourd'hui, un des principaux enjeux de notre discipline. C'est la question de faire avec ce qui est là, ce qui existe, d'en considérer l'existence, d'envisager en préalable à toute action sa ré-utilisation. Cette stratégie, qui englobe à la fois les expériences menées à l'échelle d'un territoire dans la Ruhr avec l'Emscher Park, comme les transformations de grands ensembles de logements menées par exemple par Lacaton et Vassal, c'est celle de considérer d'abord le potentiel de ce qui existe avant d'en programmer la destruction et l'éventuelle substitution. Réutiliser les structures bâties, mais aussi les matériaux, les adapter, les bricoler, les transformer, utiliser la matière présente, c'est une autre approche de la durabilité, c'est ne pas produire à nouveau et participer à la surabondance générée par la société de consommation, c'est détourner et transfigurer l'obsolescence."
"Nous avons travaillé il y a quelques années, sur le potentiel de transformation de ce que nous avions appelé dans le cadre d'une exposition qui se tint au Pavillon de l'Arsenal en 2018 les « Immeubles pour automobiles ».
L'exercice que nous avions mené, en parallèle d'une étude historique et d'un inventaire parisien de ces immeubles d'un type un peu particulier, consistait en l'étude comparative autour de quelques grands archétypes de parkings en superstructure d'un scénario de transformation vs. un scénario de démolition/reconstruction.
Outre les évidentes vertus « économiques » de la transformation, de matière et d'énergie principalement, la nécessité fondamentale de considérer en premier lieu ce qui est déjà-la comme préalable à toute autre forme d'action, cette étude nous a plus généralement confortés dans des intuitions que nous avions déjà, convaincus de l'infini potentiel de la réutilisation et du formidables terrain d'expérimentation que représente ces millions de m2 déjà la.
Plus largement, si nous articulons cette étude avec une décennie de pratique, nous en avons tiré les enseignements suivants :
Nous avons aujourd'hui, à supporter l'héritage du poids carbone de toutes ces constructions existantes (l'énergie et la matière qu'il a fallu pour les produire), nous avons donc un passif !
L'application d'une pensée constructive basée sur une logique de fabrication rationnelle et « essentielle » dans ses moyens, sans artifice, retarde l'obsolescence des structures et permet d'envisager facilement plusieurs vies pour les bâtiments, et aujourd'hui nous nous devons d'être économes.
L'existant est un système complexe, souvent composite, singulier, ses qualités doivent être finement inventoriées pour en déterminer le potentiel, nous devons donc intervenir avec le maximum de retenue, de légèreté et de précision. Il favorise les savoirs faire et laisse moins de place à l'industrialisation.
Le système de contraintes de l'existant constitue un formidable terrain de jeu et d'expérimentation pour les architectes, qui autorise le « non-standard » en particulier typologique et nous pouvons de nouveau inventer."
Bâtiments essentiels - Nous cherchons à concevoir des projets spécifiques, adaptés à leurs usages et fonctions, caractérisés par la simplicité de leur géométrie et de leurs dispositifs, et dont les principes reposent sur une forme d'analyse « objective » des contextes – environnement(s) (site, programme, utilisateurs, climats).
Bâtiments durables - Notre approche de la « durabilité » en architecture ne se veut pas technique ou normative, elle se transcrit plutôt par une recherche d'économie de moyens et une préoccupation constructive liée à l'évolutivité et la capacité de transformation des bâtiments.
Combinaison de ces deux paradigmes, la conception s'apparente ainsi chez nous à une réduction perpétuelle du projet à ses fondamentaux, sans superflu. Élément par essence non réductible, la structure est pensée comme capable, génératrice, les bâtiments opérant alors à la manière d'infrastructures ouvertes et potentielles.